VinEntre la Chine et le bio, les pistes de Georges Ortola
Rencontrer le vigneron du Quatourze n'est pas un rendez-vous banal : Georges Ortola est de ceux qui ne cessent de lancer des pistes pour « aller plus loin » .L'homme avoue pourtant se régaler quotidiennement du site qui s'illumine derrière ses baies vitrées. Les vignes où frémissent les verts jaunissants ou rougeoyants sous le souffle du cers cascadent vers l'étang dont les eaux scintillent au pied de la silhouette de Bages, et, plus loin, vers les premières hauteurs pyrénéennes.
Les vignes, ce sont les siennes. Celles qu'il retrouve sans hésiter dans chacune des bouteilles qu'il produit en appellation Coteaux du Languedoc... Notre-Dame du Quatourze, et ses 32 ha familiaux ; Tapie et les 15 ha achetés, comme les 45 ha de Lunes. Autant de domaines où syrah, carignan et mourvèdre s'épanouissent sur un sol de cailloux. « Avec le climat sec, ce milieu pierreux est idéal pour mener une agriculture raisonnée ; j'ai donc été l'un des premiers à la pratiquer en France » , explique Georges Ortola. Au bout de 4-5 ans d'usage modéré de tous les traitements, de labourages et de fumage sans engrais chimique, il a fort logiquement décidé de passer à l'étape suivante, le bio (1 ). « Le label de l'organisme Ecocert nous a été accordé en août dernier » . Il y consacre depuis, 25 ha sur une parcelle bien délimitée, à Lunes. « Pas davantage, pour le moment, parce que le bio exige un savoir-faire extrêmement technique, beaucoup d'observation, de temps de travail et des investissements en matériel cultural » . D'autant qu'il faudra attendre trois ans pour mettre les premières bouteilles sur le marché. Il restera alors à vérifier les hypothèses, à valider l'idée. L'homme y croit fort et aime répéter : « Je suis très sensible à l'environnement » . D'ailleurs, un petit signe rouge au revers de son blazer en témoigne : une Légion d'Honneur attribuée en 2006 au titre de la protection de l'environnement. Il faudra bientôt y ajouter quelque insigne rendant hommage à son audace économique. Car Georges Ortola a entrepris d'aller beaucoup plus loin. En Chine.
Là-bas, au coeur de la province du Henan (à 1 200 km à l'ouest de Pékin), il a ouvert une usine d'embouteillage que va rejoindre très prochainement Nelson, son fils.
Avec la volonté de commercialiser les vins français - du Languedoc, essentiellement, et surtout ceux du Quatourze - dans un pays particulièrement prometteur.
« Tout a débuté lors d'un voyage où j'accompagnais le propriétaire du golf de Béziers. Lui, souhaitait parler projet immobilier avec le représentant d'un groupe d'investisseurs chinois, j'ai fini par parler vin avec eux... » . Au bout de multiples trajets, l'usine est montée. Le vin arrive à Shangaï dans des conteneurs entassés sur un bateau - « comme de gigantesques outres à vin de 25 000 l » - et bénéficie alors d'un étiquetage et d'un marketing adaptés au pays.
L'idée est d'amener à l'Empire du milieu, de très bons vins à des prix accessibles. Et ça marche puisque le rythme de 200 000 bouteilles va être atteint. Et que l'on évoque déjà la création d'une nouvelle unité, non loin de la première.
Le pays réserve bien quelquefois de mauvaises surprises, comme cet arrêt des chaînes pendant six mois, il y a deux ans parce que l'État avait décidé de mettre en place une nouvelle certification non prévue dans le contrat.
Heureusement, la présence d'un associé chinois, sur place, permet de limiter les désagréments.

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