LasalleLe village aux 15 Justes reçoit les Afghans
Photos Alexis BETHUNE
19 réfugiés arrêtés lors du démantèlement de la Jungle de Calais sont à Nîmes depuis trois mois. "Quiconque sauve une vie, sauve l’univers tout entier". Cette phrase résonnait mardi après-midi dans la salle de la mairie de Lasalle. Cette devise du Talmud figure sur la médaille remise par Israël aux Justes, ceux qui ont protégé et sauvé des juifs traqués par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale.
Et Lasalle compte aujourd’hui quinze Justes reconnus, et beaucoup d’autres qui ne sont pas encore recensés alors qu’ils ne sont que 3 000 en France. Un symbole que le maire de Lasalle avait en tête en recevant 18 des 19 Afghans hébergés depuis trois mois à Nîmes. Des hommes, de 19 à 35 ans, interpellés à Calais lors du démantèlement de la tristement célèbre
Jungle, ce lieu de transit où les candidats à l’exode en Grande-Bretagne tentaient leur chance.
A l’arrivée des Afghans dans le Gard, des associations comme la Cimade, mais aussi l’ensemble des communautés cultuelles, les ont pris en charge, depuis leur remise en liberté, après leur placement en centre de rétention, dans l’attente d’une décision sur leur demande d’asile politique.
A l’initiative du conseil presbytéral de l’Eglise réformée de France du Val de Salendrinque, à laquelle la municipalité de Lasalle s’est associée, l’idée a germé d’accueillir ces Afghans en gîte, et de leur permettre de souffler un peu en Cévennes, loin des inquiétudes d’une éventuelle expulsion vers leur pays d’origine, toujours en guerre. « C’est la tradition cévenole du devoir de citoyen d’aider les gens qui sont dans le malheur. Dans nos sociétés individualistes, c’est une preuve collective de solidarité, une mobilisation de la population », explique le maire de Lasalle, Henri de Latour. Des principes encore bien ancrés dans le protestantisme qui baigne cette région, pour ceux qui ont été « persécutés pour avoir exprimé leur foi », rajoute Michel Lafont, le président du conseil presbytéral.
Jusqu’au 4 janvier, de nombreuses animations sont prévues : un repas avec la population de Lasalle le jour de Noël ainsi que des soirées, musicales, de débat ou de projection de film, pour mieux connaître le quotidien des Afghans. Ou encore des randonnées. Dans toute la vallée et jusqu’en Lozère, des collectes ont permis de récolter notamment des denrées, afin d’assurer l’intendance pour les douze jours du séjour. Une pause cévenole, avant de retrouver la longue et difficile bataille juridique de l’asile, dans « une affaire très politique où le ministre de l’Immigration s’est impliqué en personne », explique Jean-Claude Nunez, délégué régional de la Cimade. Une affaire très symbolique.