D’un côté, des enfants et des adolescents élevés à la malbouffe et nourris de trop d’écran, télé ou vidéo, en manque d’exercice physique. De l’autre, des graines de champions gavés de sport sur lesquels parents et entraîneurs projettent leurs rêves de petit Zidane ou de future Manaudou. Le premier phénomène est identifié comme maladie de la civilisation moderne. 18 % des enfants de plus de 6 ans sont obèses en France. L’autre n’est pas si marginal qu’il n’y paraît. Entre les deux, la différence n’est pas si grande : souvent, le corps craque. C’est le thème d’un colloque national organisé ce week-end à Montpellier. Avec un état des lieux, et des initiatives, parce qu’il n’y a pas de fatalité.
« C’est quoi qui pousse dans les jardins ? » Léa, Nina, Mélissa, Enzo, ne
manquent pas d’idées. « Des fleurs ». Et « des salades ». « Des choux. » « Des carottes. » « Des figues. » « Des pommes. » Même « des confitures ». Pour l’exercice suivant, le fruit ou le légume caché à identifier en aveugle, au toucher, la courgette n’aura pas de succès. Les petits de la maternelle Les Platanes, à Narbonne, perdent quelques secondes leur voix. Le matin, les 3 - 5 ans de Florence Metadier de Saint-Denis, la maîtresse de la classe, avaient visité le jardin de Serge avant de passer aux travaux pratiques, l’après-midi. Une des nombreuses actions engagées hier à l’occasion de trois semaines de sensibilisation engagées dans le cadre du programme Epode, qui réunit 226 villes en France pour transmettre aux gamins le goût du sport et d’une alimentation équilibrée, pour combattre l’obésité. En Languedoc-Roussillon, Narbonne, entrée dans le dispositif en mars 2008, a rejoint Béziers, ville pilote, qui participe au colloque de ce week-end, et deux autres membres héraultais : Lamalou-les- Bains et La Grande-Motte.
A Narbonne, 3 000 enfants sont intégrés dans le dispositif, qui mêle ateliers du goût, jeux de piste, rencontres avec des sportifs de haut niveau, et même… rap, slam, hip-hop et grafs à la gloire des fruits et légumes. « Le sport et l’alimentation sont toujours liés mais on essaie d’introduire le sujet avec d’autres messages autour de la culture et des loisirs », explique Marie-Line Biason, la diététicienne, engagée en 2008 pour coordonner le projet.
Pour elle, pas question de « pointer du doigt un enfant en difficulté ». Pourtant, Narbonne n’échappe pas à la dure réalité des statistiques nationales : « Ici un dépistage des enfants de la ville a montré que près d’un sur quatre a un problème de surpoids », constate Hélène Sandragné, l’adjointe aux politiques de santé de la Ville, qui remet les actions menées dans leur contexte : « L’obésité est une épidémie. Il faut développer une autre philosophie autour de l’alimentation. Les gens ont des a priori sur les interdits. Une alimentation équilibrée, c’est manger de tout, un peu. »
Aux Platanes, aucun des dix petits de maternelle n’est en surpoids. Mais le quartier n’est pas épargné. A travers eux, c’est une éducation plus globale à une bonne alimentation qui est visée : « Il faut aider les mamans à changer leur façon de cuisiner », glisse Hélène Sandragné. « Au goûter, les parents ont plutôt tendance à donner des chips et des barres de chocolat », constate de son côté l’enseignante. Mais l’école a instauré les goûters fruités. Et ce n’est pas que de la pédagogie santé : « On peut tout y greffer », souligne Florence Metadier de Saint Denis : graphisme, écriture, dessin… Hier, c’était autour du héros du jour, Serge le jardinier.