Les opérateurs, ont des difficultés à exporter. La mesure devrait être provisoire
Même le champagne ne résiste pas à la crise. Des hypermarchés, dont Carrefour, envisagent pour les fêtes de vendre le célèbre vin, blanc ou rosé à bulles, à moins de 10 € la bouteille, provoquant l'inquiétude des opérateurs attachés à conserver le "roi des vins" dans l'univers du luxe.
Les professionnels craignent que de nombreux producteurs, certains très endettés, acceptent de brader leur produit pour renflouer leur trésorerie. Les viticulteurs ont subi une chute des ventes de 19 % au premier semestre et leurs stocks ont gonflé cette année à 1,2 milliard de bouteilles.
« C’est un feu de paille. Au-delà du mois de juin 2010, il n’y aura plus de prix
cassés » explique Paul- François Wranken. « La crise est conjoncturelle. Elle n'est pas liée à la consommation - comme en 1990-1992 où les gens trouvaient le prix trop cher. Certains ont beaucoup de mal à exporter en Asie et aux USA. Ils ont de 12 à 16 mois de stock au lieu de 3 à 4 mois. » Le P-DG du groupe Wranken-Pommery (qui possède Listel) est le second opérateur français avec 20 millions de bouteilles vendues sur un marché de 275 millions de bouteilles. François Wranken précise : « Selon l’institut Nielsen, la consommation de champagne a progressé de 4,9 % sur les 9 premiers mois de l’année par rapport à 2008. Je déplore ces prix cassés car cela ne représente pas la valeur du produit. C'est dramatique de dévaloriser le fameux vin, mais c'est compréhensible. »
« Vendre en deçà du seuil de rentabilité n'a aucun intérêt, d'autant que cela risque d'atteindre aussi sa valeur symbolique », juge Dominique Pierre, P-DG du centre vinicole Nicolas Feuillatte, la plus grande coopérative de la Champagne. Le Comité interprofessionnel des vins de Champagne craint aussi que les consommateurs soient déstabilisés par ces « opérations blanches qui attaquent l'image du prestige alors que les grandes maisons vont camper sur leur positionnement tarifaire de début 2009 ». Pierre-Emmanuel Taittinger, président de la maison éponyme, ne doute pas de la reprise. « Le champagne, n'a jamais été aussi bon, et en période difficile on ne doit pas se priver d'un luxe accessible », estime-t-il.