JusticeDerrière l'affaire Clearstream, la rivalité de deux ambitions
« Un jour je retrouverai le salopard qui a monté cette affaire et il finira sur un croc de boucher » aurait lancé Nicolas Sarkozy... Cette menace rapportée par Franz-Olivier Giesbert en dit long sur la rancune du Président à l’égard de ceux qui ont tenté de le salir. Partie civile dans cette affaire, le chef de l’Etat se défend d’influer sur la procédure judiciaire. Mais il ne compte pas faire le moindre cadeau aux protagonistes de l’affaire, au premier rang desquels Dominique de Villepin. Décidemment, deux hommes pour une place, c’est un de trop !
Un ancien premier ministre sur le banc des prévenus face à un chef de l'Etat partie civile. Le procès Clearstream, affaire de manipulation hors normes, s'ouvre aujourd’hui devant le tribunal de Paris.
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Comment est née l’affaire Clearstream ? En 2004, le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé de l’instruction sur des pots-de-vin liés à la vente de frégates à Taïwan en 1991, reçoit une série de lettres anonymes. Depuis 1988, les fameuses frégates ont nourri la chronique judiciaire avec les noms de grandes entreprises - Thomson-CSF (aujourd’hui Thales) et Elf - mais surtout de ses principaux protagonistes : Romand Dumas, Alfred Sirven, Loïk Le Floch-Prigent ou Christine Deviers-Joncour. Cette fois, le juge Van Ruymbeke tient entre ses mains une "bombe" : une liste de comptes bancaires numérotés à la banque luxembourgeoise Clearstream. Sur la liste figurent des dizaines de noms du monde politique, de l’industrie ou de l’administration. Parmi eux, Nicolas Sarkozy (sous le patronyme Nagy-Bocsa), mais également Dominique Strauss-Kahn, Jean-Pierre Chevènement, Brice Hortefeux… Très vite, les investigations démontreront qu’il s’agit de faux.
2 D’où viennent les "faux listings" ? L'enquête a établi que les fausses listes avaient été remises au juge Van Ruymbeke, sous forme de lettres anonymes, par Jean-Louis Gergorin, alors vice-président d'EADS. A l'origine, ces faux avaient été fabriqués à partir de documents authentiques, obtenus chez Clearstream par un consultant, Florian Bourges, et un journaliste, Denis Robert, qui seront jugés pour des faits d'« abus de confiance et vol ». Tous deux ont admis avoir remis les vrais documents à l'homme-clé de l'affaire, Imad Lahoud, recruté à EADS par Jean-Louis Gergorin. Des expertises commandées par les juges l'ont désigné comme le falsificateur. Imad Lahoud a livré de multiples versions de l'histoire, avant de finalement affirmer après la clôture de l'enquête, fin 2008, dans une autre procédure, qu'il était bien l'auteur des faux et que Dominique de Villepin savait tout. Jean-Louis Gergorin a aussi déclaré avoir agi à la demande de Dominique de Villepin.
3 Qu’est-ce qui implique Dominique de Villepin ? Outre les témoignages de ses co-prévenus, la mise en cause de Villepin tient essentiellement dans la découverte, en 2006, des carnets du général Philippe Rondot, alors rattaché au ministère de l’Intérieur, où Villepin vient de succéder à… Sarkozy. Informé dès 2004 de l’existence des listings, Villepin aurait chargé Rondot d’enquêter. L’essentiel du dossier d’instruction repose sur les notes du général, de nombreux documents ayant été « perdus » ou « détruits ».