Hérault"Affaire du Corbeau" : les suspects libérés, la police sur les dents
Photo R. D. HULLESSEN
« Cette histoire est complètement surréaliste. Nous sommes des militants qui se battent contre un projet de décharge, on agit au grand jour, pas comme ce corbeau. » Il est 19 h, et petit à petit, les Héraultais arrêtés jeudi matin à Saint-Pons-de-Thomières quittent le commissariat central de Montpellier, après y avoir passé plus de 48 h en garde à vue. « Les relations avec les officiers de police ont été excellentes, mais ils avaient en permanence des demandes d’investigations supplémentaires arrivant de Paris, il fallait prendre son mal en patience », poursuit Marcel Caron, de Prémian, un retraité également impliqué dans la lutte contre un projet éolien. « Tout cela est quand même extrêmement désagréable quand on sait qu’on n’a rien fait », ajoute
l’un de ses camarades, arrêté avec dix autres personnes jeudi matin dans l’enquête menée sur la Cellule 34, qui a envoyé depuis 2007 une trentaine de lettres de menaces accompagnées de munitions à des personnalités politiques, dont Nicolas Sarkozy.
Peu après 20 h, le buraliste de Saint-Pons, qui semblait au cœur des soupçons policiers, est également libéré. « Aucune charge n’est retenue contre ces différentes personnes », explique-t-on au parquet de Paris.
Pourquoi ce buraliste communiste, qui publie La Commune, une lettre d’information pas très tendre envers la mairie de Saint-Pons, et déjà entendu à la mi-août est-il ainsi devenu suspect ? « Il y a son passé de militaire, des rapprochements faits entre certains textes qu’il a publiés et des lettres du corbeau », explique une source proche de l’enquête. Mais surtout, cet ancien légionnaire a été désigné par un expert graphologue, « qui l’a mis formellement en cause ». Pour cet expert reconnu, agréé à la cour d’appel de Paris, la page d’écriture demandée au buraliste et les lettres tracées sur les enveloppes des premiers courriers du corbeau venaient de la même main.
Une certitude que les investigations menées ces derniers jours et les interrogatoires en garde à vue ont finalement dissipée : « On a la certitude que ce n’est pas le bon mec. Mais on pense que le corbeau n’est peut-être pas loin de lui, voire qu’il a tout fait pour qu’on s’intéresse à cette personne. De toute façon, le ou les corbeaux sont dans les hauts-cantons de l’Hérault. » Reste que cette opération d’envergure, qui s’achève sans résultat, met à nouveau les policiers sur les dents : ils semblent avoir suivi ces derniers temps une fausse piste, alors que la pression qui s’exerce sur eux est forte.
Hier, les plus hauts responsables nationaux de la sous-direction antiterroriste, de la direction interrégionale de la police judiciaire et de la PJ parisienne étaient réunis à Montpellier, supervisant les derniers développements de l’enquête. On sait que le président Sarkozy, destinataire de deux de ces lettres, s’est entretenu à plusieurs reprises du dossier Cellule 34 avec le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux. Place Beauvau, certains s’inquiètent déjà des conséquences d’une absence de résultat dans cette affaire devenue au fil des mois ultra-sensible. Quant au corbeau, on attend de ses nouvelles : il devrait sans doute réagir au dernier épisode du feuilleton policier de l’année.