EnvironnementMystère des grands fonds méditerranéens : un coin de voile se lève
DR
Les premiers résultats de l'exploration des canyons de la Méditerranée, de leurs coraux blancs, langoustines ou algues luminaires, livrent de précieuses informations sur les mystères des grands fonds, dans la perspective de mieux les protéger. Ce programme d'exploration, le premier à permettre une observation visuelle et systématique de tous les canyons, a été lancé fin 2008 par l'Agence des aires marines protégées, avec le concours de dix laboratoires pluridisciplinaires, dont l'Ifremer, le CNRS et plusieurs universités du sud de la France.
Il vise à établir un état des lieux des écosystèmes entre 100 et 600 mètres de profondeur et décrire les caractéristiques de chacune des quelque 40 vallées sous-marines réparties entre la frontière monégasque et la frontière espagnole. Pompages,
carottages et échantillonnages : les équipes utilisent des moyens techniques et une méthodologie identique pour chaque exploration. Les prélèvements sédimentaires et faunistiques sont photographiés et conservés afin de réaliser la cartographie de ces zones et de réaliser des inventaires. Déjà 35 espèces remarquables ont été repérées.
Les premiers résultats révèlent « de nombreuses espèces mais réparties de façons très variables », explique Pierre Watremez, enthousiasmé d'avoir localisé des langoustines dans ce « milieu très convoité » par la pêche, mais navré par la pollution anthropique. « C'est quasiment une décharge sauvage », déplore-t-il, « on trouve des câbles, des filets », des « pièges pour les poissons ou la faune fixée qui sert d'habitat pour d'autres espèces ».
Deux trouvailles ont rassuré l'équipe : d’une part, celle de l'algue laminaria rodriguesii, une espèce endémique en Méditerranée, protégée, qui vit autour de 100 m de profondeur près des îles d'Hyères ; d’autre part, la présence importante de corail blanc dans les canyons de Lacaze-Duthiers, au large de Banyuls (P-O). Ce corail est un espace privilégié pour la reproduction. Autant d'arguments qui pèseront dans les discussions sur le périmètre du futur Parc national des calanques, entre Marseille et Cassis.
Le ministre de l'Ecologie et de la Mer, Jean-Louis Borloo, est venu cette semaine au large de Cassis apporter son soutien à ce programme : « Sans connaissance, il n'y a pas de politique »...