C’est donc bel et bien une mort sans raison, une agression gratuite, un coup de couteau donné sans réfléchir, pour un simple regard, aux conséquences dramatiques. Arrêté lundi après-midi dans les rues de Clermont-l’Hérault où il réside, David P., 19 ans, maçon carreleur, est rapidement passé aux aveux. Après avoir nié, il a reconnu être l’auteur du coup de couteau qui a coûté la vie à Fabien Vigne, 19 ans également, dans la nuit de dimanche à lundi, à la fête votive de Montarnaud, commune située à 20 km au Nord-Ouest de Montpellier.
Les auditions du mis en cause et des témoins, menées par les gendarmes de la brigade de recherches et de Saint-Georges-d’Orques, ont permis de retracer le fil de cette altercation sanglante, survenue à quelques minutes de la fin de la fête.
Fabien Vigne, jeune raseteur qui allait intégrer les pompiers de Marseille à la rentrée, trempé lors de la soirée mousse, où il avait mis une combinaison de ski, est parti se changer à la salle polyvalente lorsqu’il a croisé cinq jeunes assis sur un muret. L’un s’est senti provoqué du regard. « Il a estimé que la victime le toisait, le regardait bizarrement, alors que tous les témoins parlent d’une absence totale de provocation de Fabien Vigne », révèle Georges Gutierrez, le procureur adjoint de Montpellier.
David P. se serait avancé vers lui en lui lançant en substance « Pourquoi tu me regardes ? » avant de le pousser. La victime aurait réagi en le giflant, les deux protagonistes s’échangeant ensuite un coup de poing. Le mis en cause aurait sorti le couteau de sa poche et l’aurait poignardé. Un coup porté dans le ventre, mais fatal, parce qu’il a touché le ventricule du cœur. « Tout s’est passé très vite, en quelques secondes », poursuit le procureur adjoint qui écarte toute hypothèse de légitime défense. Le carreleur se serait ensuite enfui à travers champs, rentrant chez lui en stop.
Ce suspect, sous contrôle judiciaire pour une affaire de vol, aurait déclaré ne pas avoir voulu tuer : « Il dit qu’il a voulu lui faire mal parce qu’il l’aurait provoqué du regard et que s’il a pris un couteau c’est parce qu’il en avait marre de se faire "brancher" dans les fêtes », révèle un proche du dossier. L’alcool ne serait pas ou peu en cause : il aurait ainsi bu deux ou trois vodkas dans la soirée, mais n’était pas ivre, tout comme la victime. « Il ne sait pas se battre, il n’a jamais été impliqué dans une rixe, il n’a pas le profil et ce couteau il le gardait dans sa voiture pour les barbecues, assure Me Chaigneau, l’avocat de David P. Là, il est en train de réaliser ce qu’il a fait, il s’effondre complètement, mais il va assumer parce que deux familles sont détruites. » Le mis en cause sera présenté aujourd’hui devant un juge en vue d’une mise en examen pour meurtre.