TendanceLe GBL, la drogue en vente libre qui envahit les night-clubs de la région
Le GBL, abréviation de gamma-butyrolactone , est un solvant à peinture utilisé pour nettoyer les jantes de voitures ou effacer les tags. Mais ce produit industriel en vente libre est de plus en plus détourné par certains consommateurs de drogue, car il offre une incroyable propriété : absorbé par l'organisme, il se transforme en GHB, puissant anesthésiant médical que l'on a surnommé la drogue du violeur.
En une semaine, neuf personnes ont été hospitalisées à Montpellier après en avoir volontairement absorbé. Quatre d'entre elles sont tombées dans le coma, et auraient pu mourir, faute de soins. Enquête sur cette nouvelle drogue.
L'un des jeunes clubbers était tellement mal qu'une fois dans la voiture des gendarmes, il a vomi et s'est uriné dessus avant de sombrer,
inconscient. Un autre s'est écroulé dans le fumoir. Un troisième a été évacué dans le coma et intubé jusqu'aux urgences. Ces scènes se sont déroulées dimanche dernier, devant ou dans la boîte Le Bar Live, à Fréjorgues, près de Montpellier, une des plus grandes after de France. Hier matin, nouvelle alerte. Vers 5 h, les pompiers ont évacué à l'hôpital trois jeunes Alésiens qui sortaient d'une autre discothèque de Lattes et qui ont été pris de malaise, l'un, s'étouffant, n'ayant dû son salut qu'à l'intervention des secours ...Tous ces comas ont un responsable : le GBL, un solvant détourné de son usage pour le transformer en stupéfiant récréatif, de plus en plus prisé par la jeunesse qui l'appelle aussi "Gamma J" ou simplement "G". « C'est clair et net, il a pris une forte expansion depuis cinq ou six mois, on a déjà traité plusieurs cas de coma avéré, confirme un gendarme de l'Hérault. Les raisons ? Le GBL est abordable financièrement, on le trouve facilement et il n'est pas interdit. Les jeunes savent tout ça pertinemment et c'est un vrai casse-tête pour nous. Ils peuvent partir en "vrille" pour 10 €, mais il faut quand même être fêlé pour prendre du solvant comme ça qui fait des trous dans le ventre... » Car les conséquences sur l'organisme peuvent être dramatiques : ce produit décapant attaque notamment l'oesophage. Une vidéo sur internet montre comment quelques gouttes de "G" dissolvent en quelques secondes l'emballage cellophane d'un paquet de cigarettes...Sans parler des conséquences des comas où le coeur s'accélère. La victime devient "bleue" et est prise de palpitations et le diagnostic vital peut être engagé. Ce phénomène est en train de déferler dans le monde du nightclubbing.
En janvier 2008, la police montpelliéraine avait arrêté un conducteur zigzagant dangereusement sur la chaussée. Sur lui, ce Piscénois de 30 ans avait deux fioles de GBL, et un litre avait été saisi lors d'une perquisition à son domicile. « J'ai découvert ça dans le monde de la nuit, et dans le milieu homosexuel, on s'en sert aussi, sexuellement », avait-il expliqué au tribunal correctionnel, en octobre dernier.
Le parquet avait réclamé un an de prison, et deux ans de mise à l'épreuve, mais son avocate avait obtenu sa relaxe : « Le GBL n'est pas classé comme stupéfiant, il y en a aussi dans mon vernis à ongles », avait-elle plaidé avec succès. Dans l'affaire du Bar Live, le parquet compte bien prendre sa revanche : une information judiciaire a été ouverte jeudi entraînant la mise en examen de deux jeunes revendeurs à l'origine des comas pour "administration de substances vénéneuses".
Du côté des gérants de l'after , on tombe des nues : « C'est la première fois que l'on voit ça. A l'entrée, on fouille pour faire en sorte qu'aucun produit illicite ne rentre. Là, on va faire des annonces de prévention au micro. Dimanche dernier, tout le monde a vu dans quel état ils étaient, j'espère que ça fera une onde de choc. » L'enquête a par ailleurs montré la désarmante facilité avec laquelle on peut se procurer du GBL. Ainsi, l'un des suspects en avait acheté un litre sur internet, sur un site spécialisé, pour la somme de 100 €. Hier, le prix en solde était même de 70 € sur ce même site... Et lorsque l'on sait qu'il en faut un simple bouchon pour la nuit – mélangé à de l'eau ou des sirops - c'est aussi un business qui se met en place. « Avec un litre, ils expliquent pouvoir gagner 2 500 € », révèle un enquêteur. Si l'on ajoute à ce phénomène une polytoxicomanie chronique chez les utilisateurs, qui n'hésitent pas à associer le "Gamma J" au haschich, à l'ecstasy ou la cocaïne, le phénomène a de quoi inquiéter sérieusement. De quoi alerter les pouvoirs publics ? Sur le site de la très sérieuse MILDT (mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie), le GBL n'est pas encore répertorié ... « Si demain un gamin meurt à cause de cette merde, on sera très mal. Et à ce rythme, ça va arriver, il est urgent d'agir » , alerte un policier.