ECONOMIE REGIONALE

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Édition du jeudi 11 septembre 2008
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NBD

Hérault« La consommation à outrance, c'est fini »

Hausse des prix et pouvoir d’achat en berne font bon ménage avec la débrouille, le système D et les réseaux alternatifs. Et si beaucoup de consommateurs fuient la grande distribution pour l’alimentaire, les effets se font sentir dans un grand nombre d’autres domaines de la consommation. Une situation qui permet aux réseaux associatifs et militants, d’exister et de trouver une autre voie que l’économie de marché traditionnelle.

Nous avons rencontré deux bénévoles de l’association Espoir pour un Enfant, à Montarnaud, près de Montpellier. Une structure qui récupère des dons sous la forme d’objets que les particuliers ne souhaitent plus garder, pour les revendre
et faire soigner les enfants malades des Pays du Sud (1).

Martine et Marie-Edith, toutes deux très jeunes grands-mères, tiennent une boutique de l’association(2), installée dans un bâtiment splendide prêté par la mairie de Montarnaud. Souriantes et gaies, elles reflètent à la fois la fierté d’œuvrer à une réalisation humanitaire, et de jouer un rôle social dans la petit commune où elles résident. « Je suis arrivée dans le réseau un peu par hasard, confie Martine, pour une histoire d’amour. Mais je ne le regrette vraiment pas. Je sais que ce que je fais est utile pour tous, et en plus c’est très agréable d’y participer, même si c’est fatiguant ».

On a peu de mal à l’imaginer en voyant les vêtements, les jouets, les bijoux et les livres à profusion qui s’étalent dans l’étroite boutique. Le stock qui se renouvèle sans cesse,au gré du passage des voitures qui viennent livrer leur lot d’objets, rajoute au tableau. « Nous participons à 24 braderies par an, un peu partout dans le département, pour toucher un public qui ne vient pas à la boutique » explique Marie-Edith. « Nous récupérons absolument tout, pourvu que ça soit dans un état acceptable. De la machine à laver au matériel de puériculture, et des lunettes aux fournitures scolaires. On répare aussi ce qui est réparable ». Au final, dans une braderie, où la plupart des objets sont vendus à des prix qui ne dépassent que rarement 2 €, les bénévoles reviennent souvent avec des sommes de plus de 4000 €. « On dit que les petits ruisseaux font les grandes rivières, c’est vrai » sourit Martine.

« Nous savons exactement où va l’argent, car l’association utilise 95% de ses ressources pour faire soigner les enfants. Soit dans leur propre pays, soit en les emmenant en France, où ils sont hébergés par des familles d’accueil et soignés dans les hôpitaux français ». Mais cela va un peu plus loin. « Le but est aussi d’aider les gens dans notre propre pays. En vendant des biens à des prix dérisoires, comme nous le faisons, je sais que nous faions oeuvre utile pour les gens qui en ont besoin ici ».

Justement. La situation économique que traverse l’Hexagone depuis un an a-t-elle un retentissement sur le type de clientèle qui vient dans la boutique ? « Oui, c’est très clair. Il y a douze ans, il s’agissait surtout des chômeurs, des rmistes, des gens qui galéraient dans le village ou les environs, maintenant, depuis un peu plus d’un an, il y a beaucoup de nouvelles têtes, des gens qui sont visiblement issus de la classe moyenne » précise Marie-Edith. « On le constate surtout aux périodes de Noël. Beaucoup viennent ici pour acheter des cadeaux. Des bibelots, des livres, des bijoux. C’était moins courant avant, où on achetait toujours des produits neufs. Je pense aussi qu’il y a un changement profond de mentalité vis-à-vis de la consommation qui est en train de naître. L’idée de faire circuler un objet plutôt que de le jeter revient en force dans les esprits, comme dans l’ancien temps » plaide Martine. « Depuis que je donne du temps à l’association, j’ai un mal fou à retourner acheter dans le commerce. Tout me semble cher, et sans être avare, je me dis toujours que les prix sont disproportionnés » raconte Martine, qui sourit en avouant qu’elle n’a jamais eu autant de vêtements que depuis qu’elle est bénévole. « Je dois aussi être ma première cliente » dit-elle dans un rire.

Si Espoir pour un Enfant récupère des objets d’occasion pour les revendre, l’association en fabrique aussi. « Nous faisons aussi travailler les mamies dans les villages. Avec les pelotes de laine qu’on nous donne elles tricotent, avec les fruits, elles cuisinent des confitures, tout le monde met la main à la pâte. Nous avons même des bénévoles qui comptent les pièces des puzzles destinés aux braderies, pour être certains qu’il n’en manque pas ». Rajouté à cela les produits issus du commerce équitable qu’importent les bénévoles au cours des voyages d’observation qu’ils font dans les crèches ou les pouponnières africaines où ils interviennent et le panorama est complet.

Le nombre de personnes qui fréquentent ce type de structure est en pleine expansion. L’Insee calcule que les ventes de vêtements dans les commerces traditionnels et de « petits biens de consommation » ont baissé de presque 3% l’année dernière, pendant que les responsables des associations qui travaillent dans la redistribution de biens d’occasion en région que nous avons interrogés, Emmaüs en tête, affirment voir une augmentation importante de la fréquentation de leurs centres. L’Insee indique aussi que le chiffre d’affaire des commerces de dépôt-vente et de vente de meubles et d’électroménager d’occasion avait décollé, respectivement, de 4 et 6% au cours du premier semestre 2008. Une situation qui semble s’installer dans la durée et pour laquelle la population du Languedoc-Roussillon, majoritairement plus pauvre que celle des autres régions de l’Hexagone, est en première ligne.

(1) : Avec un grand nombre de bénévoles dans la plupart des villes et villages du département (Espoir pour un enfant a choisi de ne pas dépasser les frontières de l’Hérault afin de conserver ses coûts de fonctionnement au plus bas), l’association multiplie ses actions et attend cette année une dizaine d’enfants, venus de six pays africains différents, pour les soigner. En plus des 16 autres actuellement en soin, en France ou à l’étranger.
(2) : Quatre autres boutiques sont installées à Saint-Jean-de-Védas, Cazouls-lès-Béziers, Palavas et Castries.


Nathalie Balsan-Duverneuil
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vos reactions

15/09/2008 à 22h28 | Christelle  

Merci aux 'jeunes grands-mères' pour leur temps et merci à la journaliste de faire circuler l'espoir!

11/09/2008 à 18h48 | angel  

Encore un excellent article pour cette série sur la débrouille locale.. Merci à la journaliste..

11/09/2008 à 15h40 | thierry  

Eh oui, il semble que Midi Libre ait enfin compris que lorsqu'on propose des articles intéressants, il y a des lecteurs pour les lire !!! Plus qu'à espérer que cela continue et que la journaliste ne finisse pas aux chiens écrasés !!!

11/09/2008 à 11h42 | Fabienne  

J'oubliais continuez comme ça (la rédaction) et je finirai peut-être par m'abonner ! (je vais quand même vérifier que l'article existe aussi en version papier !)

11/09/2008 à 10h46 | FF  

Il manque la liste des quatre autres boutiques : A saint Jean de Védas, Palavas, Cazouls-les-Béziers et Castries. Mais c'est bien qu'on parle de cette association, j'y achète les vêtements de ma fille depuis ça naissance et ça m'évite bien des dépenses inutiles. Ils fnont un travail extraordinaire ces gens là. Bravo à eux.

11/09/2008 à 10h29 | Fabienne  

Bravo Nathalie ! Le midi pitre se serait-il payé un vrai journaliste ! 3 vrais articles en trois jours...!!!!

11/09/2008 à 09h33 | martine  

excellent article !!! (mdr ) boutique de montarnaud près de l'église ouverte le mercredi et le samedi de 9H à12H

11/09/2008 à 09h25 | caro  

Bravo pour cet article... et la série. Enfin, Midi-Libre s'intéresse à la vraie vie des gens, c'est pas trop tôt... Bah oui quoi, les chiens écrasés et les lotos de village c'est bien beau mais parler de ce que vivent les gens de tous les jours, leurs difficultés et leurs actes de solidarité ça, c'est vraiement du boulot.

11/09/2008 à 09h18 |  




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