PortraitLa maman de la télévision moderne passe ses vacances dans la région
C’est une adorable vieille Américaine de 77 ans au parcours extraordinaire. Sarah Youngster, qui est tombée amoureuse de la région à la fin des années 80, était naguère chercheuse pour la société Zénith puis dans les laboratoires RCA dans les années 50. Et à ce titre, elle est l’origine d’un grand nombre des brevets qui ont fait de la télévision un objet de notre quotidien.
« Les experts se disputent pour savoir si la télévision couleur telle qu’on la connaît aujourd’hui a été inventé par nous, à RCA, ou par les Allemands de Telefunken, mais ce qui est certain c’est que les premiers brevets du joug magnétique qui a permis de créer les écrans couleurs à balayage modernes, ont été inventés dans mon laboratoire
» explique Sarah Youngster, dans le petit jardin de la maison qu’elle loue depuis plusieurs années entre Bessan et Saint Thibéry, dans l’Hérault.
« C’était une période extraordinaire. L’électronique s’imposait partout mais tout était encore à découvrir. Les nouveaux composants, les nouveaux matériaux arrivaient sans cesse, et il régnait une ambiance magnétique dans les laboratoires » . Elle a presque les larmes qui montent aux yeux. « Il y avait une concurrence féroce avec l’Europe et le Japon, il fallait être les premiers à créer les standards et à déposer les brevets, et nous avons travaillé d’arrache pieds pour réussir ».
Si l’impérialisme yankee de l’Après-Guerre a joué un rôle dans le choix des normes internationales, parmi lequel le NTSC, la course au brevet s’avéra en effet pleine de chausse-trappes et de désillusion. « Nous avons suivi une mauvaise piste pour faire dévier les champ magnétiques des tubes cathodiques et nous avons été devancé par les Allemands qui ont mis au point les ferrites, nécessaires pour assurer un balayage stable aux écrans. Ca nous a fait perdre un an ». Un retard vite récupéré qui a abouti en 1958 au premier prototype d’écran couleur. « Comme j’étais la seule femme du laboratoire et que je portais des couleurs vives, c’est moi qu’on a filmé en premier pour faire les premiers tests » raconte-t-elle en guise de boutade.
Pourtant, malgré le rôle central que Sarah Youngster a joué dans les laboratoires RCA, en déposant notamment le brevet du circuit électronique (utilisé jusqu’à l’arrivée des écrans plasma) qui règle le fonctionnement du balayage des écrans couleurs, sa plus grande fierté reste l’invention de la télécommande.
« Je travaillais pour Zénith, à l’époque, qui fabriquait des téléviseurs classiques, mais qui cherchait à innover pour accroître sa clientèle ». L’invention était un petit objet, qui ressemblait à un sèche-cheveux. « Ca envoyait un flash lumineux sur une cellule photosensible placée à l’avant du poste de télévision. En variant l’intensité, le petit rhéostat qui était à l’intérieur permettait d’allumer et d’éteindre la télévision, de couper le son ou de changer de canal ». Pourtant, l’invention demeura au rang de gadget, et eut un succès limité, avant d’être redécouvert dans les années 70. « Il faut dire que ça n’était pas parfait, il suffisait que les rayons du soleil frappent la cellule pour éteindre ou allumer le téléviseur ». Elle rit.
Maintenant, elle est à la retraite, bien loin de l’électronique et de la recherche qui furent sa passion. « Je voyage, je me repose, je jardine, mais je ne regarde jamais la télévision ». Un clin d’œil malicieux. Promis, elle reviendra l’année prochaine dans la région, peut-être pour une petite croisière sur la Canal du Midi.