TélévisionAlain Méar : « Pour le CSA, la TNT est une révolution culturelle en marche »
Conseilleur au CSA en charge de la TNT, Alain Méar explique la situation et les objectifs du développement de la TNT en France, ainsi que les projets de la télévision de demain.
Pouvez-vous faire une présentation du CSA ?
Le CSA est une autorité indépendante, qui est le régulateur de l’audiovisuel. Il a de nombreuses missions : faire respecter le pluralisme et la diversité en télévision et en radio, et accorder les autorisations pour les sociétés privées dans ces deux domaines. Il est composé de neuf conseillers, ou “sages”, qui ont un mandat de six ans. Celui-ci est non renouvelable, ce qui est le gage d’indépendance des conseillers.
Quel est son rôle en matière de TNT ?
Le CSA est le “chef de chantier” de l’extension de
la TNT. Nous devons en effet transformer le réseau actuel terrestre analogique en un réseau numérique. En effet, la loi du 5 mars 2007 spécifie que le 30 novembre 2011, la diffusion analogique disparaîtra, et fera place au tout numérique. Nous sommes donc chargés de l’établissement du calendrier et des modalités de cette mutation. Dans le cadre de la TNT, la loi impose le principe de la gratuité, c’est à dire le passage de 6 à 18 chaînes télévisées en qualité numérique depuis une antenne râteau, sans augmentation de la redevance.
Pourquoi avoir fait le choix du numérique ?
L’amélioration des technologies de compression (qui permettent notamment le cheminement des données image et son de l’émetteur vers l’antenne des particuliers – NDLR) ne permettait jusqu’alors de ne diffuser qu’une chaîne par canal. Aujourd’hui on peut en faire passer six, et bientôt dix, avec une meilleure définition de l’image.
La TNT propose également des télévisions locales. Qu’en est-il ?
La TNT permet en effet la “renaissance“ des télévisions locales. Chaque mois, le CSA accorde cinq autorisations d’émission de télévisions locales. L’objectif est de voir, dans les années qui viennent, apparaître 150 voire 200 chaînes locales !
Quel est l’objectif du CSA quant à la couverture TNT ?
Le CSA a fait le choix de ne laisser aucune région sur le bord du chemin. En novembre 2011, 95% du territoire sera couvert par le numérique terrestre. Là où il sera impossible d’installer des émetteurs terrestres, une solution gratuite sera proposée. La loi prévoit d’ailleurs une aide pour les plus démunis, avant qu’ils puissent acquérir une antenne parabole et un décodeur TNT.
Quel a été le rôle du CSA dans la définition de cette couverture ?
95% du territoire, ce n’est pas très difficile à couvrir dans les chiffres : il suffit de se concentrer sur les grandes villes, et voilà ! Hors le CSA a justement choisi une autre approche, et corrigé la loi afin d’assurer une garantie minimale de couverture par département. En 2011, aucun département de France métropolitaine ne pourra être couvert à moins de 92% par le numérique terrestre.
Quel est l’état de cette couverture aujourd’hui, en France et en Languedoc-Roussillon ?
A l’heure où l’on parle, 85% du sol de France métropolitaine est couvert par la TNT. Dans le cas du Languedoc-Roussillon et de l’Aveyron, les chiffres sont légèrement différents. L’Aude est couverte à 91%, l’Aveyron à 42%, le Gard à pratiquement 85%, L’Hérault à 95%, la Lozère 58% et les Pyrénées-Orientales, 85%. Ce sont les départements où les habitants sont les plus éparpillés qui sont le plus difficiles à couvrir. Plus le nombre de villes est élevé, plus cela va vite ! Deux nouveaux émetteurs seront ouverts à Millau et à Mende d’ici la fin 2008, et il y aura très bientôt une nouvelle liste de villes en 2009.
Comment est financée l’arrivée de la TNT ?
Il est très important de savoir que la loi du 5 mars 2007 demande aux chaînes télévisées de payer leur extension sur la TNT. L’Etat n’est mis à contribution seulement pour le financement de l’extinction de l’analogique. Pour donner un ordre d’idées, le coût de mise en place d’un émetteur est extrêmement variable, il dépend de sa hauteur et de son emplacement. Mais cela va d’environ 500 000 à 3 millions d’euros.
Pouvez-vous nous expliquer le passage vers la TNT haute définition (HD) ?
L’image et le son seront encore de bien meilleure qualité que pour la TNT. Ce sera le standard de la télévision de demain, qui commencera à être diffusé dès le mois d’octobre 2008. Le CSA a déjà retenu cinq chaînes qui diffuseront en HD à cette date : deux chaînes publiques, France 2 et Arte, et trois privées, TF1, M6 et Canal+. Le déploiement de la HD en France sera progressif : en 2011, tout le territoire sera couvert par ces cinq chaînes HD, ainsi que d’autres qui seront choisies d’ici là.
On parle aussi beaucoup d’une télévision mobile. Quel est ce projet ?
Il s’agit de la télévision mobile personnelle, ou TMP. C’est la “télévision de poche”, ou nomade, de chacun. Beaucoup de gens pensent qu’il s’agit de la télévision sur le téléphone mobile, mais le concept est plus large que cela. Il s’agira d’un terminal un peu plus grand que l’écran d’un portable, qui permettra de regarder la télévision là où je veux, quand je veux. Le CSA a déjà retenu les chaînes qui émettront sur la TMP : trois publiques (France 2, France 3 et Arte), et treize chaînes privées, qui sont celles gratuites sur la TNT, auxquelles ont été ajoutée deux chaînes nouvelles. Il s’agit d’Orange Sports, et EuropaCorp TV, la chaîne de cinéma de Luc Besson.
Comment se déploiera la TMP ?
Là aussi, il s’agit d’une mise en place progressive. Cela va commencer par un réseau multi-villes, avant de couvrir l’ensemble du territoire. Cependant, la TMP exige de constituer un réseau différent de celui de la TNT, à cause du standard technique de diffusion chois par le Ministère de l’industrie (le DVB-H - NDLR). Sur le plan financier, il faudra probablement que le téléspectateur mobile verse une somme pour accéder à l’ensemble des programmes de la TMP. On ne sait pas encore s’il s’agira d’un abonnement à très bas prix, ou un montant forfaitaire après l’achat de l’appareil récepteur. C’est actuellement en discussion entre les différentes chaînes qui seront émises sur la TMP.