Autour de Trintignan, la famille épate la galerie
Parmi les galeristes de l'Écusson, Hélène Trintignan est la pionnière et des plus réputés. Depuis onze mois, son fils, Numa Hambursin, avec Clémence Boisanté, tient aussi une galerie... Le métier semble paradoxal. Prenez Hélène Trintignan, sa galerie porte son patronyme depuis 1974... Mais la dame prévient d'entrée préférer « vivre à l'ombre ». Et, fermement, elle s'impose observatrice attentive. A Numa et Clémence de parler. Leurs credos sont communs, leurs cursus aussi : les trois sont juristes.
En 1973, Hélène, fille d'une pharmacienne et d'un vétérinaire du Vaucluse, a soutenu une thèse de droit international sur La protection des biens interculturels en temps de paix. C'était au moment de « l'invention de la notion de patrimoine culturel de l'humanité ». Assistante à la fac de Montpellier « mais pas de Frêche », jeune professeur qu'elle « croisait juste dans les couloirs », Hélène aurait pu faire carrière. Elle se sent fin prête pour sa mission : mettre en lumière l'oeuvre de contemporains. « Ma mère était collectionneur, proche d'artistes », dont Henri Goetz (1909-1989), qu'Hélène a vu « de surréaliste, devenir abstrait », comme « introduire les couleurs dans la gravure », une révolution dans l'art. Voyez Miro. Goetz, justement, encourage la jeune galeriste et lui lègue le droit moral sur son oeuvre.
Pour défendre l'art, les bagages doivent être « solides », explique Numa. Dans ce but, il a passé, vingt ans après Hélène, un DESS de droit du patrimoine culturel. Puis, avec Clémence, sa moitié, ils seront « les juristes de la conférence de l'Unesco à Ouagadougou en 2003, pour la préservation du patrimoine immobilier africain ». Un contrat « passionnant du point de vue intellectuel et de court terme car il fallait remettre le pouvoir aux mains des décideurs locaux », résument-ils. De toute façon, le couple avait dans l'idée de créer sa galerie d'art. Par vocation. « Présenter de jeunes talents, c'est imposer une esthétique et la défendre. » Après un an et demi à Avignon, bourgade trop étriquée, ils s'installent à Montpellier.
« Mais, dans la même ville que Mère, dit taquin Numa, nous avons dû forger une identité propre. » Ils ont pour eux la « grande fidélité » d'Hélène qui suit « quinze à vingt artistes », dont elle donne régulièrement « une vue de l'évolution du travail ». Aux jeunes de révéler leurs espoirs. Ils ont déjà la confiance d'artistes de renom, Combas, Di Rosa ou Dezeuze. Et leur vitrine au milieu des bouchons du Jeu-de-Paume, attise la curiosité... Dont, évidemment, celle d'artistes en herbe. Tous les jours, ils sont deux à envoyer un dossier. Tout l'art du galeriste est de repérer le génie et d'éliminer l'anodin... « Le pire étant celui qui ne sait même pas qu'il est influencé, qui ignore tout de tout. » Remercier le candidat est « délicat, soupire Hélène. La corde est sensible. On touche au processus créatif. » Quant à celui dont « l'oeuvre traversera le temps », généralement, il faut « aller le chercher », dit Clémence. Une quête rationnelle : « Démarcher les Beaux- Arts de Paris, voir des expos » à Barcelone ou aux Pays-Bas... Et s'affirmer ici, en imposant ses choix pour « donner une vision concrète » d'une oeuvre que le public « appréhende physiquement », jusqu'à la toucher, dit Numa. La galerie, « lieu d'animation culturel », vise un public averti et intéresse une kyrielle de gens qui « viennent discuter ». Mais aussi d'autres qui entrent en disant : « C'est de la merde ! » Hélène hausse les épaules, ce n'est là qu'un pépin de la réalité : « En exposant des artistes, on s'expose. » Ce commerce particulier exige sans mentir de « rendre public un moi affirmé ».
Galerie Trintignan, 21 rue Saint- Guilhem ; Hambursin-Boisanté, 15 boulevard du Jeu-de-Paume.

