Le xénon fait son entrée comme anesthésiant au CHU de Nîmes
Le xénon, un gaz rare utilisé pour les phares "bleus" des voitures, a fait son entrée depuis quelques mois comme anesthésiant dans les blocs opératoires des CHU de Nîmes puis de Bordeaux, une innovation présentée mercredi par le groupe français Air Liquide qui commercialise le produit. Plus de 8 millions d'anesthésies (tous types confondus) sont pratiquées chaque année en France, dont les trois-quarts sont des anesthésies générales, où un gaz est utilisé pour "maintenir" l'endormissement après l'injection d'un agent anesthésique, indique Jacques Ripart, chef du service anesthésie-douleur au CHU de Nîmes. Les
premières recherches sur l'utilisation du xénon, un gaz présent en très petite quantité dans l'air, comme anesthésiant remontent aux années 50. Il est utilisé en Russie depuis une dizaine d'années. Le gaz médical LENOXe d'Air Liquide, à base de xénon purifié et d'oxygène, a obtenu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Allemagne en 2005. Grâce à une procédure de reconnaissance mutuelle, l'AMM concerne désormais 12 pays européens, dont la France depuis octobre.
Plus de 200 anesthésies ont été réalisées depuis l'été dernier en Allemagne, précise Jean-Marc de Royere, directeur de la branche Santé d'Air Liquide. En France, le pionnier est le CHU de Nîmes, où la première anesthésie au xénon a été réalisée le 18 décembre, sur un patient de 99 ans souffrant d'un cancer de l'estomac. Une vingtaine d'autres patients ont été anesthésiés avec ce procédé depuis, tandis que le CHU de Bordeaux a débuté l'utilisation du xénon à la mi-février.
Rare, le xénon est cher: 10 fois plus qu'un anesthésique classique comme le protoxyde d'azote ou les "descendants du chloroforme et de l'éther de grand-papa", précise le Pr Ripart, qui privilégie son utilisation pour des interventions longues. Autre limite pratique: son administration nécessite un respirateur spécifique, développé depuis l'été par Air Liquide, et qui fonctionne en circuit fermé afin d'optimiser la consommation de gaz. En revanche, souligne le Pr Ripart, le xénon présente le gros avantage, de par ses propriétés physiques, de faciliter "une remise en selle" du patient plus rapide, "sans altérer les fonctions cardiovasculaires" ni faire baisser la pression artérielle.
"Eliminé très vite" par la voie respiratoire, et non par le rein ou le foie, il permet "un réveil extrêmement rapide et confortable", précise le spécialiste. Il cite l'exemple d'une patiente de 72 ans, opérée pour une prothèse de cheville, "réveillée" en moins de 5 minutes (contre 10 à 15 mn pour des produits traditionnels).
Ce gain de temps "n'est pas seulement un critère de confort", indique Catherine Billoët, en charge de l'anesthésie chez Air Liquide. "Le réveil est un moment critique qui nécessite une surveillance, avec un personnel dédié". L'AMM du LENOXe limite son utilisation aux patients présentant un bon état général (état clinique de classe I-II, selon la cotation ASA, qui permet d'évaluer le risque opératoire), mais Air Liquide souhaite que son champ puisse être étendu à terme à des patients "plus à risques".
Pour le Pr Ripart, "la seule vraie contre-indication" concerne les maladies pulmonaires et les gros fumeurs. Il n'est pas non plus adapté aux enfants, précise-t-il. A l'heure où l'on se préoccupe beaucoup de l'environnement, le xénon est aussi qualifié d'écologique. Il est rejeté dans l'atmosphère, sans pollution, explique-t-on chez Air Liquide, alors que les autres gaz anesthésiques participeraient pour 0,5 à 1% à l'effet de serre.