Horizon 2020, au mieux. C'est l'objectif donné pour la mise en service de la future ligne de chemin de fer Montpellier-Perpignan alors que d'ici là le trafic TER devrait croître en Languedoc de 84 %, celui des TGV de 71 %, celui du fret de 68 %. Pourquoi cette date si lointaine, alors que les travaux n'exigeront que 4 ans et demi et qu'un précédent projet sur cet itinéraire-clé de 150 km avait été peaufiné en... 1995 et avait entraîné le gel de quantité de terrains ? Parce que la ligne de TGV purs à 300 km/h, prévue à l'époque, fut jugée peu rentable. Aujourd'hui, les débats sont relancés autour de nouvelles hypothèses - très ouvertes
-, sous la direction, à RFF, d'un jeune ingénieur entreprenant, Edouard Parant. Il travaille à ce jour sur quatre scénarios qui, si le gouvernement le veut bien lors du prochain conseil interministériel d'aménagement du territoire (CIADT, probablement au printemps), serviront de base au grand débat public qui pourrait s'ouvrir mi-2009. Ces hypothèses, il les a révélées hier à la presse.
1 D'abord, une hypothèse reprenant le « tout-TGV »
Du TGV pur à 320 km/h, impliquant une ligne aussi rectiligne que possible mais acceptant des pentes importantes, le principe même du TGV à la française. On ne pourrait y faire rouler que des TGV à longue ou moyenne distance.
Les temps de parcours seraient singulièrement diminués au sud de Montpellier mais le trafic fret, enjeu majeur à venir, resterait cantonné sur la ligne ancienne, limitant ses possibilités d'expansion comme celle des TER.
2 Une ligne à grande vitesse acceptant du fret
Ce type d'infrastructure exige à la fois les caractéristiques de tracé propres au TGV à 320 km/h évoquées plus haut... et celles liées aux trains de fret, plus lourds, c'est-à-dire des déclivités moins fortes pour un tracé plus plan.
« L'addition de ces deux contraintes, cela signifie un coût élevé, alors même que la forte différence de vitesse entre trains de fret (110 km/h) et TGV (320 km/h) et les contraintes de sécurité physique limitent la possibilité de faire circuler du fret aux périodes durant lesquelles les TGV seront absents, la nuit », relève Edouard Parent.
3 Une ligne nouvelle mixte, mais avec priorité fret
Troisième hypothèse : on conserve le principe de la mixité, mais en limitant la vitesse du trafic voyageurs à 220 km/h au bénéfice d'une meilleure homogénéité du trafic et de règles de sécurité moins contraignantes. Les rayons de courbure peuvent être plus courts (des courbes plus prononcées) et donc la ligne éviter des déblais, remblais et viaducs trop onéreux.
Avantage : le fret peut être massivement reporté sur cette ligne nouvelle tandis que les TGV, grâce à un trajet plus direct et une vitesse supérieure à celle de la ligne classique (160 km/h), continuent de gagner un temps significatif, quoique moindre par rapport aux deux premières hypothèses. Montpellier-Perpignan s'effectuerait ainsi selon nos calculs en environ 45 minutes au lieu de 30 mn dans les hypothèses TGV à 320 km/h, et 90 mn actuellement.
4 Fortement améliorer la ligne actuelle
Ultime hypothèse sur laquelle travaille RFF : loin de l'idée d'un nouvel itinéraire, on améliore la ligne existante. Cela peut aller de la simple multiplication d'évitements jusqu'au passage à quatre voie de tout l'itinéraire. Le coût est évolutif et peut être opportunément étalé dans le temps.
Il n'y a pas de gain de temps pour les TGV mais, à l'optimum, une très forte capacité pour les trains de fret. Or ce qui intéresse d'abord les Espagnols, à l'évidence, c'est avant tout le fret... tout comme les Languedociens, ulcérés par la surcharge de poids-lourds sur l'A9. Neuf mille par jour !