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Édition du lundi 19 septembre 2005

Quand Frêche mobilise le peuple catalan

La Catalogne Nord est debout, les drapeaux sang et or flottent sur les foules en marche, on pétitionne à tous les coins du département, les politiques de toute obédience prennent peur... Au terme d'une heure passée dans le modeste local du Bloc Català à Perpignan, il n'y aurait donc plus de doute: c'est le Traité des Pyrénées qu'on déchire, c'est Perpignan, c'est le Roussillon tout entier qui font sécession. Naturellement on n'ignore pas que le Catalan a volontiers le sang vif. Mais là, ce n'est plus l'épiderme qui serait atteint: c'est le cœur, c'est la tripe. Et il aurait suffi pour cela d'un nom, d'un seul: Septimanie! Déjà l'appellation Languedoc-Roussillon ne satisfaisait guère les Catalans. Ce mot-appendice les renvoyait à l'éternelle frustration: avoir été, bon gré, mal gré, rattaché
à Montpellier. Un rattachement à Toulouse ne les aurait pas satisfaits davantage, notez bien. Car au Bloc Català, on est formel: c'est une région catalane qu'il faut. Une fière région qui recouvrirait les limites exactes du département. «Ce qui nous permettrait d'avoir nos administrations, notre université, notre CHU, de dialoguer avec Barcelone.» Et le conseil général, alors? «On verrait plus tard», dit le secrétaire général du Bloc, Jordi Vera. C'est à ce vieux rêve, un peu fané par les vagues successives de la décentralisation, que le mot Septimanie aurait redonné des couleurs. Sans doute faut-il relativiser. Après tout, le Bloc Català n'a jamais fait des étincelles électorales: jamais plus de 4 ou 5%. Mais, jouant sur le vieux particularisme, embouchant les trompettes de la fierté catalane face aux aspérités de langage de Georges Frêche, il y a eu cette fois un sursaut. Il est exact qu'une pétition anti-Septimanie rassemble des milliers de signatures: 20000 annonce le Bloc Català. Exact aussi qu'il n'y a pas un marché, pas une fête qui ne soit le théâtre d'actions anti-septimaniennes. Ainsi y voit-on débarquer le Burro Masqué, vengeur au masque d'âne en hommage au vieil adage des Catalans, tous caps de burro. Ainsi voit-on fleurir ces mêmes ânes, autocollés par centaines sur les pare brises. Quant au site internet Septimano, c'est un florilège cruel où Frêche est portraituré en dictateur de Chaplin, où la Septimanie devient septicémie. «Soyons reconnaissants à Georges Frêche, dit avec la foi des convertis le non-Catalan de souche Denis Spiral. Avec ses foucades, il réveille le peuple catalan.» On ne sait si le réveil ira jusqu'à la révolte mais il est vrai que cette agitation embarrasse les politiques: la droite, dont le maire de Perpignan Jean-Paul Alduy, a rejoint les rangs des anti et la gauche est bien ennuyée. Le très frêchiste président du conseil général Christian Bourquin louvoie sur l'idée de la Septimanie simple "marque-ombrelle" pour promouvoir les produits de la région. Le 8octobre, les anti pourront se compter: une vaste manifestation est organisée à Perpignan. La Catalogne contre la Septimanie?

J. VILACEQUE



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